Les Poulpiquets : les korrigans oubliés du Morbihan (et pourquoi on leur a piqué leur nom)

Les Poulpiquets : les korrigans oubliés du Morbihan (et pourquoi on leur a piqué leur nom)

Tu as forcément entendu parler des korrigans. Ces petits êtres facétieux qui peuplent les landes bretonnes, on les colle sur tout : les magnets, les boîtes de galettes, les noms de gîtes. Mais les korrigans, c'est un peu le mot fourre-tout du folklore breton. Derrière ce terme se cache tout un petit peuple, avec ses familles, ses spécialités, ses caractères. Et parmi eux, il y en a une qu'on préfère à toutes les autres : les Poulpiquets.

Spoiler : c'est de là que vient notre nom. Mais avant de te raconter pourquoi, laisse-nous te présenter ces petits bonshommes.

C'est qui, les Poulpiquets ?

Les Poulpiquets - parfois écrits poulpikans, poulpiquants ou poulpicans - sont des lutins du petit peuple de la mythologie bretonne. Là où les korrigans forment une catégorie générale un peu vague, les Poulpiquets ont une identité bien précise, presque un métier.

Selon la classification établie par l'écrivain Émile Souvestre au XIXe siècle, chaque peuplade de lutins a son territoire : les korils dansent sur les landes, les kornikaneds vivent dans les bois, les teuz hantent les prés… et les Poulpiquets, eux, sont les spécialistes des vaux, des vallons humides et des bas-fonds, où ils creusent leurs terriers. Ce sont les lutins des lieux bas et mouillés.

Et devine où on les trouve principalement ? Dans le Morbihan. Autour de Vannes, à Saint-Nolff, Questembert, Cléguérec. Le grand tumulus de Saint-Nolff, entouré de douves, était même considéré par les habitants comme leur véritable « capitale ». Autrement dit : ces créatures viennent exactement de chez nous.

Des lutins pas piqués des hannetons

Physiquement, il ne faut pas s'attendre à des mignonneries. Les récits les décrivent comme minuscules (de quelques centimètres à une trentaine), franchement laids, avec une peau sombre et fripée, un corps grêle, et surtout une tête énorme de la grosseur d'une orange perchée sur un cou tout fin. Leurs pieds sont tournés vers l'intérieur, ce qui leur donne une démarche maladroite, et leurs yeux rouges lumineux peuvent, paraît-il, ensorceler les mortels.

Côté caractère, c'est compliqué. Les Poulpiquets sont profondément ambivalents - ni tout bons, ni tout mauvais. Respecte-les, et ils s'attachent à ta ferme comme des génies domestiques : la nuit, ils balaient la maison, préparent la crème, retrouvent les objets perdus et tressent la crinière des chevaux. Manque-leur de respect, en revanche… et ça se gâte. Ils sont susceptibles à l'extrême - leur offrir des vêtements neufs est perçu comme une insulte mortelle. Une légende raconte qu'une servante, excédée, en jeta un dans l'eau bouillante. Le lendemain, le lutin revint l'étrangler dans son lit. On t'aura prévenu.

Ils étaient aussi réputés immensément riches. À Questembert, on raconte qu'ils étalaient des écus d'or flambant neufs au soleil - et que quiconque y touchait mourait foudroyé. Un paysan rusé aurait déjoué le sort en jetant un vieux chat sur le tas d'or : l'animal absorba la malédiction, et le bonhomme repartit avec le trésor.

Le lien avec Merlin

Le Poulpiquet n'est pas qu'un lutin de vallon : il est lié à Merlin l'Enchanteur. Dans les récits, Merlin possède le pouvoir de se métamorphoser, et il utilise principalement deux formes. Le cerf, pour sa dimension solaire et royale. Et le poulpiquet, pour sa dimension terrestre et souterraine. Prendre l'apparence d'un poulpiquet noir et grotesque permettait à Merlin de s'effacer, de s'infiltrer partout de façon invisible, et surtout de manipuler la magie tellurique ; les courants qui circulent dans les menhirs et les pierres dressées de la terre bretonne.

Un lutin de l'ombre, gardien des forces souterraines, avatar secret du plus grand des enchanteurs. Voilà pourquoi Merlin fait partie de notre univers.

De Poulpiquet à Poulpiz

On avait un faible pour ces petites créatures : leur ambivalence, leur ancrage dans le Morbihan, leur lien avec Merlin. Il ne manquait qu'une chose : un petit nom à nous. On imagine bien Merlin, entre deux métamorphoses, glisser un surnom affectueux à ses acolytes de l'ombre. Poulpiquet devient Poulpiz, et le tour est joué.

Pourquoi on te raconte tout ça

Parce que Local Poulpiz, ce n'est pas juste des charms bretons mignons pour tes sabots à trous. C'est une manière de faire vivre un bout de folklore du Morbihan qui, sans ça, resterait coincé dans de vieux recueils du XIXe siècle. Les Poulpiquets effrayaient les enfants lors des veillées d'hiver ; aujourd'hui, on aimerait qu'ils te fassent plutôt sourire, accrochés au bout du pied.

Les Poulpiquets ont traversé les siècles dans les veillées bretonnes. Aujourd'hui, ils continuent leur balade - avec toi, pour écrire vos nouvelles aventures. Une identité bien ancrée, prête à te suivre partout.

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